Fidèle conseiller du ministre de l'intérieur, Alexandre Brugère fait son trou en Macronie. Il pourrait d'ailleurs briguer l'investiture aux législatives. Ses réseaux forgés de Bercy à Beauvau, dans les pas de Gérald Darmanin, en font un conseiller de premier plan pour le second quinquennat d'Emmanuel Macron.

C'est peu dire que le destin politique d'Alexandre Brugère est intimement lié à celui de Gérald Darmanin, devenu l'une des pièces maîtresses de la campagne d'Emmanuel Macron pour sa réélection. Issu du parti Les Républicains, le fidèle conseiller du ministre de l'intérieur a pris du galon en Macronie, à Bercy puis à Beauvau, à mesure que son patron s'imposait au gouvernement. Alexandre Brugère a été la principale courroie de transmission du ministre, notamment avec les syndicats de policiers et dans l'élaboration des textes législatifs, comme sur la dernière loi d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur (Lopmi). Il a ensuite participé au suivi du programme sécurité du candidat aux côtés d'Isabelle Epaillard - ancienne conseillère de Christophe Castaner et plume du livre blanc sur la sécurité - au sein du groupe de travail dédié. Le conseiller de l'ombre s'affranchira-t-il de la tutelle de Gérald Darmanin lors de ce second quinquennat ? Alexandre Brugère pourrait sauter le pas en se présentant aux législatives à Angers (Maine-et-Loire). D'autres murmurent qu'il a l'ambition d'obtenir un secrétariat d'Etat.


Une cheville ouvrière à Beauvau

A son arrivée Place Beauvau, Alexandre Brugère ne connaissait pas grand-chose au fonctionnement de la maison police ni aux questions de sécurité, hormis une première expérience d'adjoint au maire, délégué à la sécurité, à Asnières (Hauts-de-Seine). Il aura fallu que Gérald Darmanin lui propose un déjeuner avec une vieille connaissance de la Sarkozie, Frédéric Péchenard, pour l'initier à ces problématiques. L'ancien directeur général de la police nationale l'a reçu à son domicile et lui a prodigué de premiers conseils. Restés proches, ils se revoient régulièrement.


C'est dans ce contexte, à l'été 2020, qu'Alexandre Brugère s'est installé comme conseiller social, budgétaire et administration territoriale dans le bureau de Laurent Nuñez. Cette promiscuité a été de courte durée, le secrétaire d'Etat partant quelques semaines plus tard à l'Elysée où il a été nommé Coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. Les deux hommes ne se sont pas côtoyés longtemps, mais ils continuent de se voir dans le privé, comme dans le cadre du travail, notamment lors de l'élaboration de la loi contre le séparatisme en 2021. Laurent Nuñez lui a mis à disposition ses réseaux : l'inspecteur général Pascal Blanchard et Isabelle Epaillard, qui ont participé au programme sécurité du président sortant.

Le poste de conseiller social est sensible dans une profession ultrasyndiquée où de mauvaises relations peuvent contrarier les déplacements du ministre et entraîner la grogne des policiers dans les médias. Alexandre Brugère travaille en lien direct avec Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat majoritaire Alliance, Olivier Varlet (UNSA-Police), et Grégory Joron (Unité SGP-Police) lors des séances de négociations. Avec les organisations syndicales, le courant passe très bien. Tous saluent le travail abattu par un novice dans le domaine, avec un léger bémol : la volonté d'Alexandre Brugère de maîtriser les communications des représentants de policiers. Mais, en bon lieutenant de Gérald Darmanin, il se garde de porter les bonnes nouvelles. Il a ainsi laissé au ministre la primeur d'annoncer, lors d'une réunion à Beauvau, les 800 millions d'euros débloqués pour les revalorisations de carrière des policiers, inscrits dans la Lopmi. Alexandre Brugère a alors mené les négociations avec Simon Babre, directeur des ressources et des compétences de la police nationale (DRCPN) et son adjointe, Isabelle Epaillard.


Le trio sur la Lopmi

La Lopmi a représenté l'un des deux gros chantiers du mandat d'Alexandre Brugère, passé conseiller spécial début 2021, l'autre étant avec le "Beauvau de la sécurité". Il les a menés en trio avec Frédéric Rose, ancien directeur de cabinet de Marlène Schiappa aujourd'hui conseiller sécurité à l'Elysée, et Franck Robine, conseiller affaires intérieures à Matignon.


Devenu directeur adjoint du cabinet en février, le trentenaire a ralenti le rythme des déplacements aux côtés de Gérald Darmanin pendant la campagne présidentielle. Il s'est occupé des affaires courantes et de la sécurité au quotidien au cabinet du ministre. Il n'a pas hésité à appeler Bruno Beschizza, maire d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), lorsque des émeutes ont éclaté dans sa commune en mars.


Ses alliés LREM franciliens

Son expérience ministérielle lui a permis de tisser des liens avec des cadres de La République en marche (LREM). Sa plus proche alliée est la porte-parole du mouvement, Maud Bregeon. Alexandre Brugère l'a rencontrée en 2019 lorsqu'elle était référente du parti dans les Hauts-de-Seine et qu'il se présentait à la mairie d'Asnières, bastion des Républicains, son ancien parti. Le résultat - 16,5 % des voix - s'est révélé mitigé pour le jeune loup, malgré le soutien de Laurent Nuñez. Il s'est de plus fait épingler par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) pour avoir déposé trop tardivement ses comptes de campagne. Elle a refusé de rembourser les frais engagés. Le trentenaire se retrouve avec un prêt personnel de 40 000 € sur le dos. Une tâche sur le CV du conseiller budget de Gérald Darmanin.

C'est aussi à cette période qu'il a rencontré le maire de Poissy (Yvelines) Karl Olive (LLA du 18/03/22). L'édile, proche d'Emmanuel Macron, a été impressionné par son livre programmatique publié durant la campagne municipale. Karl Olive a ainsi contacté la compagne d'Alexandre Brugère, qu'il avait connue quelques années plus tôt lorsqu'elle était la collaboratrice parlementaire de David Douillet, député des Yvelines.


Ses connaissances de l'UMP

Alexandre Brugère a retrouvé au sein de la majorité de vieilles connaissances de l'UMP, forgées au début des années 2010. Il avait coécrit très jeune un livre avec Jean Spiri, fondateur de La Manufacture, la boîte à idées de Xavier Bertrand (LLA du 22/05/20). Ce dernier avait alors engagé Gérald Darmanin et Alexandre Brugère, comme dircab' et dircab' adjoint, pour les élections régionales de 2015. C'est à cette période que les deux hommes ont noué leur relation. Le maire de Tourcoing avait poussé son jeune protégé comme directeur de cabinet de Xavier Bertrand nouvellement élu. Le président du conseil régional des Hauts-de-France a accepté de lui confier le poste à condition de rencontrer son ancien directeur de cabinet au ministère du travail : un certain Jean Castex.


Alexandre Brugère a aussi recroisé un vieil ami rencontré au temps de son engagement auprès des jeunes UMP : Paul Midy. Après plusieurs années dans le privé, notamment à McKinsey, le polytechnicien a rejoint LREM jusqu'à en devenir le directeur général.


Ses premières cartes à Bercy

Le diplômé de l'Université Paris-Dauphine a aussi noué des liens lors de son passage à Bercy, entre 2017 et 2020, lorsque Gérald Darminin était ministre du budget. Chargé de la réforme de l'Etat et de la fonction publique, il s'est rapproché du député de Paris et patron de LREM Stanislas Guerini. Ils ont travaillé ensemble sur le suivi de la loi pour un Etat au service d'une société de confiance (ESSOC). Il a côtoyé également le rapporteur du budget, Laurent Saint-Martin. Les deux députés font partie aujourd'hui de son cercle rapproché. Il garde aussi d'excellentes relations avec Jérôme Fournel, ancien directeur de cabinet de Gérald Darmanin au budget et aujourd'hui directeur de la puissante Direction générale des finances publiques (DGFIP).


Enregistrer un commentaire

0 Commentaires